09 décembre 1914
Ma chère Eugénie
Je t’envoie cette carte qui rappelle d’héroïques, mais douloureux souvenirs. C’est là que s’est fait hacher le 36° colonial et où ont pris part tous mes camarades d’Ayn et des environs présents ou disparus. C’est là que repose notre regretté Chalende. Du village, il ne reste pas une maison debout. Je reviens de passer quinze jours dans les tranchées. C’est fini pour quelque temps, à d’autres le bonheur ! Je n’ai pas revu Bertrand, Guinet, Comte et Cathelin depuis que nous sommes partis aux avant postes, c’est à dire quinze jours.
J’espère que tu ne t’ennuies pas trop. Courage, nous en verrons bien la fin. Je vais envoyer aussi une carte à Joseph.
En attendant le plaisir de te lire, je t’embrasse bien tendrement ainsi que tes deux chers tapageurs.
Félix
