12 avril 1915

12 avril 1915

Ma chère Eugénie

Tout va bien. Depuis hier nous sommes au repos. Nous avons eu bien mauvais temps tant que nous avons été aux avants-postes. Rien de nouveau autrement si ce n’est que les boches ont envoyé un jour quelques marmites sur notre village. Résultat : quatre morts et autant de blessés, le tout de ma compagnie. Parmi les morts Bourbon d’Avressieux qui est encore petit cousin avec nous. Il tenait une boulangerie à Paris. Il est mort de ses blessures quelques jours après. J’aurais voulu t’écrire plus tôt à cause de la présence de Joseph. Il m’a été impossible faute de temps. Est il reparti Joseph ? J’ai été peiné de ne lui savoir que huit jours de convalescence. Donnes moi son adresse dès que tu le pourras. Je sais bien que tu n’as guère le temps.

Tous mes camarades d’Ayn vont bien. Mes oreilles sont presque guéries. Aujourd’hui il fait beau. Serait-ce enfin le beau temps ? Jusqu’à présent nous pataugions dans le boue, vu qu’ici ce sont des grosses terres. Je suis bien en retard pour écrire. J’ai au moins trente lettres à faire.

Au plaisir de te lire. Bien affectueusement à toi et à tes chers enfants.

Félix