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4 octobre 1915
Mis en ligne le 5 mai 2010 par
Dernière mise à jour le 5 mai 2010

4 octobre 1915

Chère Eugénie, cher Joseph

J’ai hâte de causer un brin avec vous surtout qu’il ne m’est pas donné de compter beaucoup sur l’avenir pour cela. Nous sommes, en effet, dans un secteur où l’on y gagne pas de l’élixir de longue vie. Si vous voyiez ses petits moineaux qui risquent à chaque instant de nous tomber sur la cafetière ! Je vous écris d’ailleurs sous un bombardement effrayant. Il est vrai que c’est nous qui menons le train. Les boches en reçoivent bien dix pour nous deux, mais je vous assure qu’il y en a assez pour notre compte. La moitié suffirait largement pour faire serrer les deux fesses à quiconque n’est pas entraîné à ce genre de vie. Pourvu que j’arrive au bout de ma lettre.

Nous sommes en pays reconquis et prêts à reconquérir. C’est tout ce que je peux vous dire. Aussi ne donnerais je pas deux sous de ma peau pour le moment.

La santé, si j’excepte les dents qui me taquinent, est malgré tout excellente. J’espère que vous êtes bien de même. Si j’ai bien lu une lettre d’Alexandrine, tu es bien à Ayn mon cher Joseph ? Je suis heureux de te savoir auprès d’Eugénie. Comme tu dois être contente ma chère Eugénie ! Quelle chance tu as d’être loin de cet enfer ! Comme tu dois activer les travaux.

En fait de nouvelle, j’en ai une bien triste à vous apprendre, et qui m’a fait beaucoup de peine. Il s’agit de Léon Bellemin Noël qui a été tué hier. Voici comment je le sais. Avant hier il est venu me voir. Son crapouillot était installé à 200m de moi. J’ignorais la présence de Léon ici. C’est Berlioz (le rétameur) de Novalaise qui l’a amené auprès de moi. J’étais heureux ! Notre entrevue ne dura d’ailleurs que quelques moments. Puisque nous étions à quelques pas l’un de l’autre, on se reverrait bien ! ... On se quitta, hélas on ne devait pas se revoir !

Hier matin, j’allais le voir. Sur mon chemin, je rencontre un camarade, (Mailland, le fils d’un ancien instituteur de Dullin). Je lui fais part d’où j’allais, mais tandis que nous causions, voilà deux mines qui tombent à 50m de nous du côté des crapouillots. Comme vous pensez je fais demi-tour, remettant ma visite à un autre moment. J’ignorais que les mines avaient tombées franc sur un crapouillot, tuant les six hommes qui le servaient, et parmi lesquels se trouvait Léon. C’est Mailland qui courut me le dire. Si je n’avais pas rencontré ce camarade en cours de route, je faisais certainement la 7° victime. Ce sera pour une autre fois. Avec ce qu’il tombe autour de nous il n’y a pas la vie !

Deux camarades de notre régiment sont encore tombés : Burt Pichat le matelassier de Bouvent frappé à la tête par une balle, et Auguste Baud, depuis longtemps à Lyon, mais originaire de Novalaise. Lui aussi est tombé, frappé par une balle à la tête, et tous les deux dans la même attaque. Il ne faisait encore pas bon ce jour là !

Le même jour dans la matinée, Guinet le Boer, a été blessé par un éclat d’obus à la tête et derrière l’épaule. J’ai eu la rare chance de le voir avant son évacuation. Je crois que sa blessure n’est pas très grave.

Je n’ose pas vous dire d’aviser la famille de Léon du terrible malheur qui la frappe. C’est une mission bien délicate à remplir.

Comte et Bertrand vont bien. J’oublie parfois de donner des nouvelles d’Alice. Je m’efforce de l’oublier cela me flanque le cafard. Et ma lune de miel, elle ne revient pas vite !Enfin, Alice va bien.

Comme vous le comprenez nous avons changé de ce patelin. Vous donnerez bien le bonjour à Marie et à Maria pour moi.

PS : Vu notre offensive, les permissions sont suspendues depuis bientôt trois semaines. J’en ai gros sur le cœur

Le courrier (se) fait toujours rare. Je vous écris au son d’une drôle de musique ! Je fais courage quand même. Oui, au revoir ! Je vous embrasse tous bien fort.

Félix

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