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Accueil > Histoire et Patrimoine > Mémoire & Histoire locale > Le col du Banchet

L’histoire religieuse du col
Mis en ligne le 16 juillet 2008 par
Dernière mise à jour le 20 août 2008

 INTRODUCTION

Nous possédons un certain nombre de documents qui nous éclairent sur l’utilisation du col du Banchet comme lieu de pèlerinage. Lieu de passage permettant de découvrir soudainement toute la plaine, c’est un endroit idéal où, géographie physique et charge symbolique peuvent s’associer. L’absence de documents ne nous permet pas de remonter au delà du XVII° siècle. Par le biais d’un texte relativement récent nous pouvons supposer avec quelques certitudes que dès 1669, le col était utilisé comme lieu de passage - sinon de procession - pour aller à l’église des Carmes de Pont de Beauvoisin le 22 juin lors de la fête des Dix Mille Martyrs.

 L’AIR DU TEMPS

L’église des Carmes de Pont-de-Beauvoisin avait été dotée en 1492 par Jacques de Clermont et Jeanne de Poitiers d’un reliquaire contenant des reliques des Dix Mille Martyrs. Le pèlerinage chez les Carmes de Pont de Beauvoisin n’était donc pas le propre de la seule commune d’Ayn. D’autres communes sont aussi connues pour faire ce même pèlerinage. Celui-ci est attesté pour Miribel aux environs des Echelles, ainsi que la Tour-du-Pin et sans doute aussi pour plusieurs communes de la Valdaine. Cette dévotion n’est pas le propre non plus de la région du Guiers ou de la congrégation des Carmes. on la retrouve partout en France et en Europe pendant le XV° et XVI° siècles. Albrecht Dürer en a fait une illustration et la Bretagne nous en donne deux exemples intéressants. Le livre d’Heures d’Anne de Bretagne contient une gravure et une prière consacrée à cet évènement (p 356 - 357), et l’église de Crozon possède un retable remarquable du XVII° qui illustre de façon très libre cette hagiographie légendaire. Cette dévotion s’inscrit donc bien dans le contexte religieux de cette époque.

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 LES DIFFICULTES

Nous savions par les textes que le pèlerinage fut interdit par décision épiscopale, mais la motivation de cette interdiction restait obscure.

En 1752, l’évêque de Belley fait suite à une requête des paroissiens d’Ayn et Dullin réclamant le rétablissement du pèlerinage qui avait été supprimé :

« vu la reqeste qui nous a été présentée dans le cours de notre visite par les sindics et conseils respectifs des communautés de Dulin et Ain son annexe (...) Que la procession qui se faisoit cy-devan au jour et en 1 ’honneur des dix mille Martyrs en I ’église des Pères Carmes du Pont de Beauvoisin se fera dans la suite dans une église ou chapelle dont il sera convenu par les Sieurs Curé, Sindics et Conseils des dites paroisses (...) »

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Les recherches de M. Jean Descotes-Genon sur la commune de Miribel nous ont permis de découvrir deux textes qui éclairent d’un jour nouveau les réalités de ce pèlerinage.

Le premier, daté de 1685, est une supplique des habitants de Miribel à leur évêque Mgr Le Camus. Celui-ci avait semble-t-il interdit la procession pour des questions de bienséance, certains pèlerins se laissant aller à quelques débordements dans les cabarets. Les habitants lui demandent donc l’autorisation d’effectuer le pèlerinage en se limitant au périmètre de la commune.

Mgr l’illustre cardinal prince et évêque de Grenoble, les parochains de Miribel remontent à votre Emminence que de tout temps ils ont dévotion particulière aux Dix Mille Martyrs et qu’ils faisoient toutes les années le lundi de Pentecôte une procession au couvent des Carmes à Pont-de-Beauvoisin, qu’il ne le font plus par ordonnance de votre Emminence et que présentement ils ont résolu de faire voeu (...) de faire toutes les années une procession le jour et feste des Dix Mile Martyrs entre le mandement du dit Miribel et celui de Saint Geoire et d’y faire (...) un petit oratoire (...)

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Ce texte, particulièrement intéressant, nous confirme que la dévotion et le pèlerinage aux Dix Mille Martyrs font partie de la démarche religieuse des Carmes et de la population locale dès le XVII° siècle. Il nous permet de plus de confirmer que la date de 1669 (début du pèlerinage pour les paroissiens d’Ayn et de Dullin, évoquée dans un document plus tardif), n’est pas fantaisiste.

Nous savons par ailleurs que les paroissiens de la Tour-du-Pin effectuaient de même le pèlerinage aux Carmes de Pont-de-Beauvoisin puisqu’ils présentent eux aussi une requête à l’archevêque de Vienne le 7 juin 1667, en précisant que cette église est en dehors du diocèse. Il fut répondu favorablement à la requête des Turripinois qui dès lors effectuèrent le pèlerinage à l’église des Carmes de Pont-de-Beauvoisin. La dévotion dura jusqu’en 1734, année à partir de laquelle elle fut abrogée et les habitants de La Tour-du-Pin obligés de faire effectuer le pèlerinage à leur frais par leurs consuls.

Le deuxième texte, issu des Archives de la Bibliothèque Nationale, daté du 24 juin 1734 nous éclaire sur les raisons objectives de cet arrêt brutal qui semble avoir concerné dans un premier temps les paroissiens français faisant le déplacement à Pont-de-Beauvoisin côté Savoie. Il s’agit tout simplement d’un problème douanier. Le Guiers faisant frontière entre France et Savoie et partageant la ville de Pont-de-Beauvoisin en deux communautés concurentes, il était tentant pour les pèlerins passant en Savoie de profiter de l’afflux pour frauder, ce qui devait être chose relativement facile. Le Roi Louis XV s’en plaint au près de l’intendant du Dauphiné par l’intermédiaire de son Secrétaire d’Etat dans le texte suivant.

Le cardinal de Fleury est informé que les consuls et habitants de la paroisse de la Tour-du-Pin sont dans l’usage d’aller chaque année le lendemain de la Pentecôte en procession dans l’église des Carmes de Pont-de-Beauvoisin située sur les terres de Savoye.

Comme indépendament qu’elle se fait hors du Royaume, elle donne l’occasion à plusieurs abus contre l’intérêt des Fermes du Roy.

L’intention de sa Majesté est qu’elle soit supprimée pour l’avenir.

Tâchez de traiter cette affaire avec douceur avec les habitants et à les engager à faire ce que S. M. désire d’eux. J’écris de sa part à l’archevêque de Vienne pour voir à suppléer à cette procession pour quelqu’autre dévotion équivalente. (...)

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Nous ne savons pas si la requête royale adressée à l’archevêque de Vienne est à l’origine de la suppression de la procession pour les communes d’Ayn et de Dullin. La géographie du pouvoir religieux relativement statique ne correspondait pas à la subdivision politique de l’époque beaucoup plus mouvante.

L’archevêché de Vienne couvrait la rive gauche du Guiers entre Chailles et le Pont-de-Beauvoisin puis les deux rives à partir de Saint Franc. Il avait donc vocation à gérer le religieux aussi bien sur une partie de la Savoie qu’en France.

L’évêque de Belley dont dépendaient Ayn et Dullin, était rattaché hiérarchiquement à l’archevêque de Besançon. Les pèlerins savoyards ne posaient pas de problème douanier puisqu’ils ne traversaient pas la frontière. Il n’y avait donc pas de raison de leur interdire le pèlerinage en l’église des Carmes.

Cependant les difficultés survenues avec les pères Carmes en 1736 évoquées dans le document de 1809, nous incitent à penser que la requête royale de Louis XV fut sans doute aussi transmise à l’évêque de Belley, probablement par l’archevêque de Besançon dépendant du pouvoir politique royal français, mais gérant le diocèse de Belley partiellement savoyard. Le pèlerinage fut donc interdit aussi aux savoyards, mais sans qu’il en sachent les véritables motifs.

Exposent que la même année mile six cent soixante neuf, et les deux suivantes, ils essuyèrent une grêle si horrible qu’ils firent vœux d’aller annuellement dans le mois de mai ou juin et à perpétuité en procession révérer les reliques des dix nulle Martyrs dans l’église des Révérends Pères Carmes du Pont de Beauvoisin, ce qui eut lieu jusqu’en mille sept cent trente six, tems auquel s’élevèrent des difficultés entre le Rd Curé et les paroissiens qui furent portées par devant Monseigneur l’Evêque de Belley, qui, sans les avoir relevé de leur vœux, ordonna et statuat que la ditte procession n’irait plus au Pont de Beauvoisin mais dans une église de l’archiprêtre. La négligence des uns et des autres fit que la dévotion cessa sans qu’ils aient été dispensés du dit vœu.

 LE PELERINAGE APRES 1736

« La négligence des uns et des autres fit que la dévotion cessa sans qu’ils aient été dispensés du dit vœu ». Le texte de 1809 ne nous laisse guère de doute sur l’abandon du pèlerinage. C’était sans doute faire peu de cas de la religiosité populaire. Dès 1752, soit 16 ans après, l’évêque de Belley en visite dans les paroisses répond à une requête des habitants demandant le rétablissement de la procession aux Carmes.

Gabriel, (...) Evêque de Belley, vu la reqeste qui nous a été présentée dans le cours de notre visite par les sindics et conseils respectifs des communautés de Dulin et Ain son annexe et le mémoire qui nous a été pareilleman présenté par les paroissiens du dit Ain, (...) nous avons ordonné et ordonnons :

Que la procession qui se faisoit cy-devan au jour et en 1 ’honneur des dix mille Martyrs en l’église des Pères Carmes du Pont de Beauvoisin se fera dans la suite dans une église ou chapelle dont il sera convenu par les Sieurs Curé, Sindics et Conseils des dites paroisses, et qui seroit distantes des dit lieux que d’une demi lieue ou trois quart de lieue au plus (...)

Ce texte peut être considéré comme celui qui a fondé le pèlerinage au col du Banchet. Même si le lieu n’y est pas encore défini, tout est en place pour que l’ancienne dévotion aux Dix Mille Martyr avec procession jusqu’à l’église des Carmes du Pont-de-Beauvoisin se transforme en une procession au col du Banchet.

Nous ne savons pas sous quelle forme se pratiqua la dévotion aux Dix Mille Martyrs entre 1752 et 1809, mais un texte de 1810 fixe les choses telles qu’elles se dérouleront jusques dans les années 1950. Le culte des Dix Mille Martyrs est alors abandonné au profit de celui de la Vierge, la procession aura lieu le premier dimanche après la Pentecôte, elle passera par le chemin des Fraisses, et se terminera à la croix du col du Banchet.

Les conseillers et le Maire de la commune dûment assemblés convinrent conjointement avec moi soussigné, que la procession ci dessus désignée se ferait annuellement le premier dimanche après la Pentecôte, et qu’elle se dirigerait vers la Croix des Banchets, retournerait par le chemin dit « des Frais » et sous le village de Vétonne. Qu’on se mettrait en marche vers les quatre heures du matin et qu’au retour l’office de paroisse se ferait et qu’on donnerait la bénédiction du Saint Sacrement.

Le vingt mai mille huit cent dix

Quillet Recteur.

SOURCES

Archives communales d’Ayn : Compte rendu des délibérations du conseil municipal, années 1870 à l892.

Descotes-Genon Jean : Interdiction des pèlerinages en l’église des Carmes du Pont-de-Beauvoisin, in Mnemosyne (bulletin de liaison de l’association Mémoires des Pays du Guiers, année 2004).

Les photos qui agrémentent le texte sont des reproductions de 3 tableaux du retable de l’église de Crozon.