Les dix mille martyrs

UNE HAGIOGRAPHIE FABULEUSE

L’histoire des Dix Mille Martyr est assez obscure. Il en existe plusieurs versions dans la droite ligne des martyrs de la légion Thébaine ou du massacre des onze mille vierges emmenées par Sainte Ursule.

Les Dix Mille Martyrs se fêtent le 22 juin et le martyr de la légion Thébaine aurait eu lieu le 22 septembre 302 et se fête à cette date. La discordance des dates, pourrait laisser supposer que ces deux récits sont indépendants. Cependant, bien que certains refusent le rapprochement entre les Dix Mille Martyrs et le massacre de la légion Thébaine, le montage et l’articulation du récit ainsi que les similitudes sont trop importantes pour que la légende des Dix Mille Martyrs ne soit pas plus ou moins directement influencée par celle de la légion Thébaine.

Dans le Livre d’Heures d’Anne de Bretagne, L’abbé Delaunay, commente la prière dédiées aux Dix Mille Martyrs en considérant que ce ce sont en fait les martyrs de la Légion Thébaine et place l’évènement à Saint Maurice d’Agaune.

L’histoire des Dix Mille Martyr semble apparaître au cours du XII° siècle. C’est au début du V° siècle qu’ Eucher de Lyon écrit sa Passio Agaunensium Martyrum racontant avec force détails le martyr de la légion Thébaine soit quelques 6 siècles avant les premières mentions des Dix Mille Martyrs. Même s’il n’est pas impossible qu’un fait réel soit à la base de l’histoire des Dix Mille Martyrs, les possibilités d’influence sont loin d’être négligeables. La plupart des hagiographes pensent qu’elle a été crée pour exalter le courage des croisés et s’accordent à la trouver fabuleuse.

Parmi les versions de la légende des Dix Mille Martyr, nous vous proposons un résumé issue de la Vie des Saints de Giry-Guérin :

Au temps de l’empereur Hadrien, qui avait succédé à Trajan, des peuples d’Arménie s’étant révoltés contre les romains, firent lever une armée de plus de cent mille hommes pour disputer leur liberté. Ceux qui commandaient pour l’empereur en Arménie armèrent aussitôt pour arrêter ce torrent un corps d’armée de 16.000 soldats.

Mais beaucoup d’entre eux, effrayés par le nombre de leurs adversaires, prirent la fuite. Neuf mille légionaires pourtant, animés par le tribun Agace Garcère, aimèrent mieux s’exposer à la mort pour la gloire du nom romain que de conserver leur vie par une action indigne.

Avant d’aller au combat, ils font les sacrifices ordinaires pour implorer la protection de leurs dieux, mais ce culte, au lieu de fortifier leur courage, l’abat : ils sont hors d’état de soutenir le choc des ennemis.

Un ange leur apparaît alors qui leur dit : " Si vous soulez avoir recours au Dieu du ciel et croire en Jésus-Christ, vous remporterez la victoire ". Ils en confèrent ensemble et concluent qu’il faut embrasser le christianisme. Ils sont alors remplis de tant de force qu’ils gagnent la bataille, ce qui les conforte dans la Foi.

Ils partent pour le mont Ararat, les généraux leurs envoient alors des députés pour les prier de venir recevoir leur récompense et remercier les dieux. Mais eux de leur répondre qu’ils sont désormais devenus chrétiens et que c’est grâce au Christ qu’ils ont vaincu leurs ennemis.

Le commandant leur fait de grands reproches d’avoir abandonné la religion de l’empire et les menace, s’ils ne chage pas de résolution, dêtre condamnés à mort comme criminel de lèse majesté. Mais Agace dit avec courage : " que bien loin d’être des criminels de lèse majesté divine et humaine, ils rendent au vrai Dieu l’honneur qui lui appartient, et à l’empereur le service qu’il lui doivent en priant pour se conversion et la prospérité de son état ".

Alors des soldats prennent des pierres pour assomer ces confesseurs du nom de Jésus ; mais les pierres rejaillissent contre ceux qui les jettent. Puis on ordonne de les dépouiller de leurs vêtements, de les attacher et de les flageller.

On les oblige à marcher sur un chemin semé de pointes... que des anges viennent ramasser devant eux. On veut éprouver contre eux tous les genres de supplices infligés au Fils de Dieu : on les couronne d"épines ; on leur perce le côté avec des lances ; on les fouette ; on les abandonne aux insultes des soldats.

Le sang coulant de leurs plaies, il s’en aspergent pour un baptême du sang. Enfin ils sont tous crucifiés sur la montagne d’Ararat. On entendit alors la voix de Notre Seigneur qui leur dit : " Venez les biens aimés de mon Père ". Ce fut le 22 juin ; ils moururent à la même heure que celle du Christ en croix, au commencement de l’empire d’Hadrien, vers l’an 120.

SOURCES

Collectif (sous la direction d’André Mandouze) : Histoire des Saints et de la sainteté chrétienne, Hachette, 1987.

Samivel : Monastères de montagne, Arthaud, 1986.

Collectif : Crozon, son église, son retable, ses chapelles, Edigraphic, Crozon, 2004.

Collectif (sous la direction de Jean Bourdichon) : Grandes Heures d’Anne de Bretagne, réédition L. Curmer, Paris 1861.

ICONOGRAPHIE :

Livre d’Heures d’Anne de Bretagne, pages 356 sq. La prière dédiées aux Dix Mille Martyrs, Paris, L. Curmer éditeur, 1861.